autoportrait


Chaque matin, au saut du lit, je m’examine : j’essaye de prévoir où apparaîtront mes prochaines rides, quels seront les membres qui lâcheront les premiers ; je compte les cheveux qui me restent avec pour consolation que la vieillesse délivre enfin les laids de naissance de l’impossible exigence de beauté. En revanche, je n’arrive pas à choisir, surdité ou cécité, laquelle de ces infirmités me serait la moins insupportable. Je m’habitue à ne plus reconnaître mon corps, ni mon visage. Chaque matin, je me lève avec l’espérance de ne pas mourir sans avoir réussi une seule fois à me regarder en face

(Lucian Freud, "Painter Working Reflection", 1993, DR)