à celle qui dort


Chaque soir, j'aime à te regarder dormir et constater que, pour toi, le sommeil n'est pas une chose compliquée. Tu t'endors toujours très vite et — c'est pour moi un phénomène presque magique — souvent en plein milieu d'une phrase : alors que, tournée vers moi, tu chuchotes encore à mon oreille, tes yeux se ferment et ton dernier mot s'efface dans un souffle léger. J'essaye de m'endormir avec l'espoir d'être réveillé au matin par cette phrase que tu auras reprise à l'endroit où tu l'as laissée. Mais, je rouvre les yeux systématiquement avant toi. Ce que tu ignores, bien sûr, c'est que je dors très peu et reste de longues heures éveillé avant de trouver le sommeil : pour faire le moins de bruit possible, je ne bouge pas et reste allongé sur le côté à t'observer car il y a quelque chose de fascinant à constater que rien ne semble troubler la beauté de ton sommeil. Chaque nuit, je te désire et t'envie.

(René Groebli, photo extrait de L’œil de l'amour)