Maria Callas


Elle était vêtue d'une sorte de drapé blanc très court, très moulant et très échancré au niveau des seins, robe de plage que n'aurait jamais portée Maria Callas, dont on n'avait d’ailleurs jamais vu jusque-là les genoux sinon dans des tailleurs très stricts, et encore moins les cuisses ; pourtant c'était bien elle, sous les flonflons et les lampions, qui se déhanchait sur la piste de danse, soudain libérée de son corps de vestale paralytique, ses cheveux lâchés se dispersant, au rythme de la musique, sur son visage, ses épaules, sa peau nue ; à chaque nouvelle chanson, elle manifestait une énergie toujours plus sauvage ― presque effrayante ― à détruire méthodiquement l’image d’elle-même qu’elle avait si savamment construite et, tout à ce jeu, feignait d’ignorer l’indignation des passants, la provoquant même d'un grand rire fou.

(photo DR)