madrugada


Dérober à d’autres langues
par regret que
muni d’une seule langue
l’entièreté du monde
nous fasse souvent défaut
quelques mots choisis
pour les fixer dans la nôtre
par exemple
le mot « madrugada »
rejeton doublement ibérique
qui dit bien autre chose
de l'aube et de l'aurore
pour exprimer cet émerveillement
chaque fois intact
que représente la dissolution subtile 
d’une nuit sombre et finissante
dans un jour pâle qui s’éveille.

(scène finale de "La Notte" de Michelangelo Antonioni)