autoportrait


Chaque matin
au saut du lit
je m’examine
dans le miroir
accroché derrière la porte
j’essaye de prévoir
où apparaîtront mes prochaines rides
quels seront les membres
qui lâcheront les premiers
je compte les cheveux
qui me restent
avec pour consolation
que la vieillesse
délivre enfin
les laids de naissance
de l’impossible exigence de beauté
en revanche
je n’arrive pas à choisir
surdité ou cécité
laquelle de ces infirmités
me serait la moins insupportable
je m’habitue à ne plus reconnaître
mon corps ni mon visage
chaque matin
je me lève
avec l’espérance
de ne pas mourir
sans avoir réussi
une seule fois
à me regarder en face.

(Lucian Freud, "Painter Working Reflection", 1993, DR)