le consulat


Le palais qui abritait le consulat avait été offert à la France dans le but d’apaiser des relations diplomatiques houleuses, mais cette excroissance folle de pièces, de tourelles et de demi-niveaux dans laquelle tout nouvel arrivant immanquablement se perdait, était tout à fait incommode et en assez mauvais état, le don n’incluant aucune prise en charge du coût faramineux de l’entretien et de la rénovation du bâtiment. Ainsi, il arrivait souvent que des morceaux entiers de plâtre se décrochent des aériennes frises en stuc du plafond pour venir exploser sur le sol en petits tas de poudre blanche. La climatisation se résumait à de gros ventilateurs antédiluviens dont les pales fatiguées, produisaient, en ne remplissant leur fonction qu’assez mollement, le bruit d’antiques appareils de projections. La chaleur épouvantable qui régnait dans les bureaux poussait tous les employés à s‘éloigner des fenêtres pour chercher l’ombre dans les recoins. Aucune porte ne fermait plus depuis longtemps si bien que lors des fréquentes tempêtes de sable, ce dernier s’infiltrait partout et venait recouvrir les meubles que l’on renonçait à nettoyer. Le consul se consolait de cette situation à bien des égards absurde et peu digne de sa fonction par la vue dont il jouissait de son bureau sur le parc miraculeusement préservé dans lequel il ne manquait pas de déambuler, chaque fin d’après-midi, en fumant des cigarillos âcres, parmi les orangers et les lauriers roses et dans le vacarme assourdissant des oiseaux perchés sur les plus hautes branches des jacarandas.

(Romain Veillon, "Luxuria", 2)