la citerne


Il faut emprunter quelques marches très roides pour descendre dans l’ancienne citerne, à peine éclairée, en son centre, par un puits de lumière. On s’y déplace avec peine, en suivant un chemin de caillebotis qui serpente entre les piliers, le reste du sol, pavé, étant presque entièrement recouvert d’eau. Ce grand miroir sombre dans lequel se reflètent les arches blafardes compose un paysage dont l’aspect lugubre est amplifié plutôt qu’atténué par le pénible goutte-à-goutte d’une source sur le point de se tarir noyée dans la pénombre. En s’approchant des murs, on peut y distinguer, des inscriptions désormais indéchiffrables, gravées à la lame ou à la pierre aiguë par des prisonniers – faux-prophètes, apostats, traîtres – autrefois enfermés et peut-être même exécutés ici. Je n’ai pas très bien compris l’engouement que peut susciter ce lieu sinistre auprès des touristes de passage et ne pensais qu’à remonter rapidement à la lumière du jour, quand mes compagnons de voyages, eux, ne semblaient pas troublés le moins du monde : ils s’amusaient comme des enfants à se faire peur, en surgissant sans crier gare de derrière les piliers, et à s’éclabousser en poussant de grands éclats de rire.