Anton Tchekhov


Anton
parti de Moscou
pour rejoindre l’île de Sakhaline
traverse la Sibérie
il a froid
il a faim
il souffre d’hémorroïdes
il a toutes les peines du monde à s’approvisionner
en thé de qualité
il se plaint qu’on puisse
dans ses contrées lointaines
trouver bien plus facilement de la vodka
qu’une simple poule à faire cuire
il se plaint aussi de l’omniprésence de ses compagnons de voyage
les vrais voyages doivent se faire seul
avec peine
dans les cahots de la route
à sa sœur
à sa femme
à sa mère
et à son éditeur
mais
en réalité
c’est à moi
qu’il écrit
comme à un vieux pote
qu'on est pressé de revoir
pour le serrer dans ses bras
et lui raconter ses aventures.

("Anton T. par son frère")