Sarah Bernhardt


Elle avait fini sa vie avec une jambe de bois du fait de la gangrène et une certaine confusion régnait pour établir s’il s’agissait de la gauche ou de la droite, aucune photographie d’époque ne permettant de privilégier une hypothèse plutôt que l’autre ; il aurait fallu, pour le savoir, en dernier recours, exhumer sa dépouille, ce qui répugnait à tout le monde et puis à quoi bon savoir sur quel pied — le vrai — elle entrait en scène sans claudiquer avec cette allure princière qui avait fait sa gloire et récitant ses tirades d’une voix qui vous perforait l’âme, ainsi pouvait-on lire dans les témoignages laissés par ses contemporains qui étaient bien moins diserts en ce qui concernait le membre amputé : le droit ou le gauche, donc, on ne savait pas et on n’avait peut-être jamais su, ce qui ajoutait au mythe du flou et de l’incertain et il n’était pas impossible — les légendes s’introduisant parfois en bernard-l’hermite dans les coquilles vides de l’histoire dans le seul but de se faire passer pour des faits indubitables — qu’elle ait même conservé ses deux jambes intactes jusqu’au tombeau.

(Sarah Bernhardt, photo DR)