l'horloge


"D'une sorte d'échoppe sortait à des moments un vieillard, il élevait et abaissait une faux, vaste geste sous la fatalité duquel une minute aurait dû tomber, mais les rouages s'étaient usés ou avaient rouillé, il y avait des saccades, des immobilisations, des reprises très lentes dans le mouvement de la faux, l'horloge servait bien mal l'idée que nous nous sommes faite du temps. Moi, cependant, rivé à cette vitrine, fasciné, je n'excluais pas une autre hypothèse. Peut-être, me disais-je, loin de s'écarter de ce qu'il doit faire, ce mécanisme marque-t-il, par le vouloir de son horloge, le temps vrai, celui que nous n'osons concevoir, le temps qui a des hésitations (ou des failles), suspens qui sont notre chance toujours perdue, surcroît de la précision que l'on dirait, seraient-ils vécus, des miracles. Seule dans l'univers dont on n'écoute pas la musique, cette horloge témoigne de nos pouvoirs..." (p°89-90)