kâtib

Gratte-papier, scribouillard, scribouilleur, écrivaillon, plumitif, scribe, rédacteur, secrétaire : on trouvera toujours là-dedans de quoi habiller d’un costume de clown ses prétentions littéraires. Mais c’est qu’en secret on rêve de noblesse et de décoration : seulement, qu’est-ce qui nous donne le droit de revêtir la mirifique parure de l’« écrivain » ? Le mot est effrayant : il fait entrevoir des hauteurs inatteignables, provoquerait presque des vertiges. Et il faut bien dire qu’accolé à notre modeste et laborieux travail d’atelier, il devient ridicule. Heureusement, la langue arabe a, depuis longtemps, réglé la question du titre de noblesse en bâtissant à partir des trois consonnes K, T et B — qui, jointes dans cet ordre, forment la racine commune aux mots ayant trait à l’écriture ― le participe actif « kâtib ». Est « kâtib » celui qui écrit. Ce mot me plaît davantage car il souligne l’effort, sans se soucier d’un quelconque statut. Ecrire : rien de plus qu’un geste infiniment répété. Un artisanat, en somme.